"Pour prouver l’infériorité de la femme, les antiféministes ont alors mis à contribution non seulement comme naguère la religion, la philosophie, la théologie mais aussi la science : biologie, psychologie expérimentale, etc. Tout au plus consentait-on à accorder à l’autre sexe « l’égalité dans la différence ». Cette formule qui a fait fortune est très significative : c’est exactement celle qu’utilisent à propos des Noirs d’Amérique les lois Jim Crow [arrêtés et règlements établissant la ségrégation raciale aux USA, 1876-1964] ; or, cette ségrégation soi-disant égalitaire n’a servi qu’à introduire les plus extrêmes discriminations. Cette rencontre n’a rien d’un hasard : qu’il s’agisse d’une race, d’une caste, d’une classe, d’un sexe réduits à une condition inférieure, les processus de justification sont les mêmes. « L’éternel féminin » c’est l’homologue de « l’âme noire » et du « caractère juif ». […] Il y a de profondes analogies entre la situation des femmes et celle des Noirs [aux USA] : les unes et les autres s’émancipent aujourd’hui d’un même paternalisme et la caste naguère maîtresse veut les maintenir à « leur place », c’est-à-dire à la place qu’elle a choisie pour eux ; dans les deux cas elle se répand en éloges plus ou moins sincères sur les vertus du « bon Noir » […] et de la femme « vraiment femme », c’est-à-dire frivole, puérile, irresponsable, la femme soumise à l’homme. […] On retrouve ce cercle vicieux en toutes circonstances analogues : quand un individu ou un groupe d’individus est maintenu en situation d’infériorité, le fait est qu’il est inférieur ; mais c’est sur la portée du mot être qu’il faudrait s’entendre ; […] être c’est être devenu, c’est avoir été fait tel qu’on se manifeste ; oui, les femmes dans l’ensemble sont aujourd’hui inférieures aux hommes, c’est-à-dire que leur situation leur ouvre de moindres possibilités : le problème c’est de savoir si cet état de choses doit se perpétuer. "
Il y a pas un air d'actualité ? Pourtant, ça date de 1949.